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Une Méthode en héritage | See the english version


Auteur : Philippe Campignion
Kinésithérapeute, directeur de formation.


Madame Godelieve Denys-Struyf nous a laissé en héritage une méthode, fruit de longues recherches, d’une grande faculté d’observation et d’une curiosité sans limite par rapport à ce qui touche l’humain. Sa façon d’aborder la kinésithérapie a bouleversé la vie de nombreux d’entre nous. Nous n’abordons plus jamais un patient de la même façon après avoir suivi son enseignement et, même au-delà du contexte professionnel, c’est notre regard sur ce qui nous entoure, sur les autres et sur la vie, qui a changé.
Plus qu’ une méthode, c’est un projet de vie qu’elle nous a transmis.


Mais au fait, qu’est-ce qu’une méthode ?

Le petit Robert nous en donne une première définition :

« Ensemble de démarches que suit l’esprit pour découvrir et démontrer la vérité. »

Le petit Larousse nous en donne une autre :

« Marche rationnelle de l’esprit pour arriver à la connaissance ou à la démonstration d’une vérité. »


Toujours selon le petit Robert, une méthode scientifique fait appel à la logique, c’est-à-dire qu’elle doit rester dans les normes de la vérité.
Godelieve Denys Struyf n’a eu de cesse que de tendre vers cette vérité, en essayant toujours d’amener la preuve de ce qu’elle avançait.

Le petit Larousse introduit la notion de méthode expérimentale qu’il définit de la façon suivante :

« Procédure qui consiste à observer les phénomènes, à en tirer des hypothèses et à vérifier les conséquences de ces hypothèses
par une expérimentation scientifique. »

Godelieve Denys-Struyf nous a appris à voir non seulement ce qui est visible mais aussi au-delà. Elle nous a appris à nous servir de nos deux cerveaux : le droit plus artiste, pour l’intuition, et le gauche plus concret, pour le raisonnement. Elle nous demandait toujours de lâcher notre mental pour capter en toute neutralité les informations et de ne faire intervenir le raisonnement que dans un deuxième temps. Les grandes découvertes sont plus souvent le fruit de l’observation (pour ne pas dire du hasard) que du raisonnement. Elle préférait toujours faire passer l’expérience vécue avant la théorie et je reprends ici quelques-unes de ses citations pour étayer mon propos :

« Des notions abstraites se dégagent du vécu. Lorsque ce vécu est intense et répété, des concepts naissent et s’érigent en mots savoureux qui ont du corps et du sens. »

Toujours selon le petit Robert :

« Une méthode fait appel à l’analyse et à la synthèse. »


Le nombre de tests et d’analyses que comporte la méthode montre jusqu’à quel point Godelieve Denys-Struyf pouvait pousser l’analyse. Pour aboutir, toute recherche de la vérité doit analyser dans le détail mais à condition, bien sûr, de revenir ensuite à la globalité en synthétisant les choses. Pour ma part, c’est l’incroyable esprit de synthèse de Godelieve Denys-Struyf qui m’a le plus impressionné. Toute nouvelle information était immédiatement intégrée dans son fil conducteur.

N’est-ce pas ce que nous tentons de faire en permanence dans l’enseignement de cette matière si riche qu’est la méthode GDS ?

Dans le domaine de la biomécanique, contrairement à certaines idées qui circulent ça et là, je reste persuadé qu’une connaissance précise de l’anatomo-physiologie demeure une base incontournable, non seulement pour la compréhension des pathologies mais aussi pour affiner nos gestes thérapeutiques. Encore faut-il que cette anatomie soit intégrée et non pas simplement apprise par
coeur au risque de l’oublier.

Godelieve Denys-Struyf s’était bien vite rendue compte de cette carence chez de nombreux praticiens et élèves. Elle n’a eu de cesse que de trouver de nouveaux stratagèmes pour affiner cette prise de conscience de notre propre corps : les sensations pour certains, les images justes pour d’autres, ou encore la théâtralisation (développée par Alain d’Ursel), le dessin, le modelage... Je viens de vivre une expérience qui lui aurait fait plaisir : j’ai récemment présenté la méthode GDS. A un certain moment, j’ai étayé mon propos par une théâtralisation du bassin osseux. Un des participants, enseignant l’anatomie depuis une quinzaine d’années, m’a dit que ce cours lui avait ouvert les yeux, qu’il n’allait plus jamais pouvoir enseigner l’anatomie comme auparavant et qu’il avait compris pourquoi les élèves ne retenaient jamais ce qu’ils avaient appris.


Le petit Robert donne une deuxième définition du mot « méthode » :

« Ensemble des règles, des principes normatifs sur lesquels reposent l’enseignement, la pratique d’un art. »

La méthode GDS s’appuie sur un ensemble de règles et de principes issus de l’observation et de l’expérimentation. Ces règles et ces principes en déterminent l’originalité. Son auteur la définissait de la façon suivante :

Méthode globale de kinésithérapie et d’approche comportementale, de prévention, de traitement et d’entretien, basée sur la compréhension du terrain prédisposant.

Son enseignement reflète les deux aspects de son identité :

L’approche kinésithérapique analyse l’anatomo-physiologie et l’anatomopathologie dans le but de mieux comprendre les pathologies du système locomoteur, mais sans jamais perdre cette notion de globalité selon laquelle les différents systèmes sont en interaction. Elle propose une grande variété d’outils pour une meilleure adaptabilité au terrain.

L’approche comportementale propose un travail de restauration ou de renforcement d’une structure fragilisée par un vécu. La prise de conscience corporelle et des mises en situation en sont les outils principaux.

Une autre définition du petit Robert correspond parfaitement à l’idée que se faisait Godelieve Denys-Struyf de sa méthode :

« Ordre réglant une activité ; arrangement qui en résulte. »

Godelieve Denys-Struyf a travaillé sur ce qu’elle appelait le fil conducteur de sa méthode, le peaufinant sans cesse et ceci jusqu’aux dernières semaines de sa vie. Ce fil conducteur est le ciment de sa méthode car il définit l’enchaînement des séquences et les unit les unes aux autres. C’est en quelque sorte la colonne vertébrale de sa méthode.

Elle l’a léguée en héritage à ceux qui ont pris ou prendront la relève, dans le but de perpétuer cet enseignement. Chacun doit ou devra être imprégné de ce fil conducteur afin de posséder une vision globale de la méthode et de pouvoir sans cesse établir des ponts entre ses différents aspects.

Voici une troisième définition du petit Robert :

« Ensemble de moyens raisonnés pour arriver à un but. »

La méthode GDS base ses interventions sur l’observation clinique et l’analyse de la mécanique humaine. Elle considère qu’à l’origine de nombreuses pathologies, on trouve souvent un terrain fragilisé qui nécessite un abord thérapeutique individualisé.

La méthode GDS est une thérapie restructurante de l’appareil locomoteur basée sur la notion de terrain prédisposant. Elle propose différentes stratégies de traitement pour une meilleure adaptation aux différents cas. Godelieve Denys-Struyf disait :

« Toutes les techniques sont bonnes à condition d’être adaptées au terrain. »

La méthode réhabilite le massage et bien d’autres techniques souvent négligées par les kinésithérapeutes et leur redonne une place de choix dans l’éventail des techniques. Ce qui convient à l’un ne convient pas nécessairement à l’autre. La stratégie de l’étoile nous donne les clefs de la penta-coordination entre les chaînes et nous guide dans un travail de re-programmation neuro-musculaire. La stratégie de la lemniscate nous rappelle que la tension circule dans les chaînes dans un ordre donné. Elle nous sert de guide pour ordonner les étirements en circuit.

La stratégie de la vague nous donne le la pour un travail de restructuration psychomotrice à partir du corps. C’est donc bien une méthode que nous a léguée Godelieve Denys-Struyf, une méthode rigoureuse dont l’apprentissage est fastidieux... Une méthode qui rebute parfois par la complexité de son message, mais une méthode qui ouvre les yeux, qui ouvre des portes, qui établit des liens...

Dans cette course de vitesse qu’est devenue la vie actuelle, il nous faudra rester fidèle à notre engagement pour ne pas céder à la demande de recettes dont beaucoup sont friands.
Soigner n’est pas simple mais cela ne peut se faire sans donner au patient lui-même les moyens de se prendre en charge. Un thérapeute ne peut pas être que celui qui sait et fait pour l’autre, mais aussi celui qui communique son savoir pour ouvrir l’autre à la conscience de son corps, de sa différence...

Godelieve Denys-Struyf disait : « Nous devons être des passeurs. »

A nous et aux suivants de poursuivre ce travail d’« écologie de l’humain », comme elle le définissait elle-même.


 


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